On l’a appelée la grand-mère de la Nouvelle Vague, mais Agnès Varda n’a jamais appartenu à aucune école. Photographe devenue cinéaste, elle a passé sa vie à inventer des formes, à regarder les autres avec tendresse et à faire de sa curiosité un art. Portrait d’une créatrice inspirante.
- Agnès Varda (1928-2019) est l’une des rares femmes cinéastes à s’être imposée dès les années 1950, à une époque très masculine.
- Son film « Cléo de 5 à 7 » (1962) est devenu un classique étudié dans le monde entier.
- « Sans toit ni loi » (1985) lui vaut le Lion d’or à la Mostra de Venise.
- Avec « Les Glaneurs et la glaneuse » puis « Visages Villages », elle réinvente le documentaire à la première personne.
- En 2017, elle reçoit un Oscar d’honneur, devenant la première réalisatrice distinguée de la sorte par l’Académie.
À retenir : Agnès Varda a prouvé qu’on pouvait faire du cinéma autrement : avec peu de moyens, beaucoup de liberté et un regard profondément humain sur le monde.
De la photographie au cinéma
Avant la caméra, il y a l’appareil photo. Agnès Varda se forme d’abord comme photographe, métier qui aiguise son sens du cadre, de la lumière et du portrait. Ce regard de photographe ne la quittera jamais : il irrigue tout son cinéma.
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Découvrir Le Cercle →En 1955, presque sans expérience technique, elle réalise « La Pointe Courte », tourné dans un quartier de pêcheurs de Sète. Le film, par sa liberté de ton et de montage, annonce la Nouvelle Vague avant l’heure. On comprendra plus tard qu’elle en fut une pionnière.
Cette entrée en cinéma par une porte dérobée, loin des circuits habituels, dit déjà tout d’elle : Agnès Varda avance par curiosité et par intuition, en se donnant le droit d’essayer.
« Cléo de 5 à 7 », un classique du regard féminin
En 1962, « Cléo de 5 à 7 » suit en temps quasi réel une jeune femme qui attend les résultats d’un examen médical, errant dans Paris. Le film capte l’angoisse, la vanité, puis l’éveil d’une conscience : Cléo cesse peu à peu d’être regardée pour devenir celle qui regarde.
Cette attention portée au point de vue féminin, rare à l’époque, a fait du film une référence pour des générations de spectateurs et de chercheurs. On y voit l’une des premières fois où une caméra épouse ainsi l’intériorité d’une femme ordinaire.
Le succès critique installe Agnès Varda comme une voix singulière, impossible à ranger dans une case. Elle continuera, film après film, à cultiver cette indépendance.
Une œuvre attentive aux invisibles
En 1985, « Sans toit ni loi » raconte la dérive d’une jeune femme vagabonde, interprétée par Sandrine Bonnaire. Le film, d’une grande rigueur, lui vaut le Lion d’or à Venise. Varda y filme la marginalité sans misérabilisme ni jugement.
Cette attention aux vies modestes, aux laissés-pour-compte, traverse toute son œuvre. En 2000, « Les Glaneurs et la glaneuse » part à la rencontre de ceux qui ramassent ce que la société jette. Le documentaire, tendre et malicieux, connaît un succès inattendu.
Chez Agnès Varda, l’engagement ne passe jamais par le discours mais par le regard : donner de la place et de la dignité à ceux qu’on ne filme pas d’habitude.
Se réinventer jusqu’au bout
Loin de se reposer sur ses acquis, Agnès Varda n’a cessé d’explorer de nouvelles formes. Elle investit l’art contemporain avec des installations, expose dans des musées, mêle photographie, cinéma et objets.
En 2017, à près de quatre-vingt-dix ans, elle signe avec l’artiste JR « Visages Villages », road-movie documentaire à la rencontre des habitants de la France rurale. Le film, chaleureux et plein d’humour, séduit un large public et une nouvelle génération.
La même année, l’Académie des Oscars lui remet un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière : elle est la première femme réalisatrice à recevoir cette distinction, consécration d’un parcours entièrement libre.
Ce qu’elle nous laisse
Agnès Varda s’est éteinte en 2019. Elle laisse une œuvre foisonnante, difficile à résumer tant elle a touché à tout : fiction, documentaire, photographie, art plastique.
Son influence se mesure à la liberté qu’elle a ouverte pour d’autres, notamment pour les femmes qui souhaitent raconter le monde à leur manière, sans demander la permission.
Revoir ses films, c’est faire l’expérience d’un regard : curieux, bienveillant, jamais dupe. Une invitation à poser sur notre propre vie, et sur celle des autres, un œil plus attentif.
- Une œuvre d’une grande liberté, accessible et profondément humaine.
- Des films qui donnent la parole aux invisibles sans misérabilisme.
- Un parcours inspirant pour toutes celles qui veulent créer à leur manière.
- Une filmographie variée qui peut dérouter : mieux vaut commencer par un ou deux titres emblématiques.
- Certains documentaires exigent un peu de patience et de disponibilité, à l’opposé du cinéma spectaculaire.
- Agnès Varda ne serait qu’une figure « secondaire » de la Nouvelle Vague. — Elle en fut au contraire une pionnière, avec « La Pointe Courte » dès 1955, avant même le mouvement.
- Ses documentaires seraient austères. — Ils sont au contraire portés par un humour et une tendresse qui les rendent très accessibles.
Agnès Varda est une porte d’entrée idéale vers un cinéma qui pense et qui émeut sans jamais se prendre au sérieux. Pour la découvrir, on peut commencer par « Cléo de 5 à 7 », puis se laisser surprendre par « Visages Villages », lumineux et accessible. On en ressort avec l’envie de regarder le monde autrement.— La rédaction Femme & Équilibre
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Pourquoi Agnès Varda est-elle appelée la grand-mère de la Nouvelle Vague ?
Quel film choisir pour la découvrir ?
Quelle distinction a-t-elle reçue aux États-Unis ?
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